Seniors et IA : qui l’utilise vraiment en France ?

En deux ans, l’intelligence artificielle générative est passée de gadget de geek à outil que près d’un Français sur deux a déjà essayé. Chez les seniors, le tableau est moins net. Selon l’enquête que l’on ouvre, entre 9 % et 33 % des 60 ans et plus s’en servent. L’écart est énorme, et il s’explique. Voici les chiffres de l’Insee et du Crédoc, les freins qui ralentissent les plus de 60 ans, et les précautions à prendre quand on commence à discuter avec une IA.

Un Français sur deux utilise l’IA générative, mais pas à tous les âges

Le baromètre du numérique du Crédoc, réalisé pour l’Arcep, l’Arcom, le CGE et l’ANCT, a interrogé 4 145 personnes en juin 2025. Premier constat : 48 % des Français ont recours à l’IA générative, contre 20 % en 2023. Le smartphone, lui, avait mis trois ans pour passer de 17 % à 46 % d’utilisateurs.

Derrière la moyenne, les écarts de génération sont nets :

  • 85 % des 18-24 ans utilisent une IA générative ;
  • 33 % des 60-69 ans ;
  • 15 % des 70 ans et plus.

Entre les jeunes adultes et les 70 ans et plus, l’écart atteint 70 points. Il était de 55 points deux ans plus tôt. L’IA se diffuse vite, mais pas au même rythme partout.

L’Insee donne des chiffres bien plus bas chez les 60-74 ans

L’enquête TIC-ménages 2025 de l’Insee, publiée en février 2026, porte sur les 16-74 ans et mesure l’usage de l’IA générative sur les trois derniers mois. Les résultats :

  • 37 % des 16-74 ans y ont eu recours ;
  • 73 % des 16-29 ans ;
  • 9 % des 60-74 ans.

Pourquoi 9 % d’un côté et 33 % de l’autre ?

Les deux enquêtes ne mesurent pas exactement la même chose. Les tranches d’âge ne se recoupent pas (60-74 ans pour l’Insee, 60-69 ans puis 70 ans et plus pour le Crédoc). Le mode de collecte diffère aussi : l’enquête du Crédoc a été menée surtout en ligne (3 544 personnes sur 4 145), alors que l’Insee s’appuie sur son enquête auprès des ménages. Enfin, chaque institut formule sa propre question.

Pour un senior de 65 ans, la réponse honnête est donc la suivante : entre un sur dix et un sur trois, selon la façon dont on compte. Dans les deux cas, les plus de 60 ans restent très en retrait des plus jeunes.

L’illectronisme, l’autre moitié de l’histoire

Une personne est en situation d’illectronisme quand elle n’utilise pas internet ou n’a pas les compétences numériques de base. Pour les seniors, le sujet pèse lourd. En 2025, l’Insee compte :

  • 7 % des 16-74 ans en situation d’illectronisme ;
  • 17 % des 60-74 ans en situation d’illectronisme ;
  • 38 % des 60-74 ans avec des compétences numériques faibles.
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Additionnés, ces deux dernières catégories représentent plus d’un 60-74 ans sur deux. À l’échelle de la population, la situation s’améliore : 34 % des 16-74 ans sont en difficulté numérique, contre 38 % en 2021.

Les plus âgés sont absents de ces chiffres, puisque l’enquête 2025 s’arrête à 74 ans. Les données 2023 de l’Insee donnent une idée de l’ampleur : 62 % des 75 ans ou plus étaient en situation d’illectronisme, contre 23 % des 60-74 ans (selon la méthode de l’époque). Quand on parle d’IA, une grande partie des plus de 75 ans n’a tout simplement pas encore franchi la porte d’internet.

À quoi sert l’IA pour ceux qui s’y mettent

Les usages dominants sont très terre à terre. Parmi les utilisateurs interrogés par le Crédoc :

  • 73 % s’en servent au moins une fois par mois pour chercher une information ;
  • 58 % pour traduire ou améliorer un texte ;
  • 57 % pour trouver des idées ;
  • 41 % pour discuter avec l’outil.

ChatGPT domine largement le marché. Le Chat, l’assistant du français Mistral AI, est utilisé par 14 % des utilisateurs et séduit surtout les 60-69 ans. Le Crédoc avance une piste : l’attachement des seniors aux produits français.

Les freins qui ralentissent les seniors

Chez les non-utilisateurs, les raisons de ne pas s’y mettre sont assez claires :

  • Le manque de confiance en soi. 26 % des non-utilisateurs ne se sentent pas assez compétents. C’est 31 % chez les 70 ans et plus ;
  • Les habitudes. 28 % restent fidèles à leur moteur de recherche ;
  • Les données personnelles. 19 % craignent pour leur vie privée ;
  • La méfiance générale. 52 % des Français se disent méfiants envers l’IA. Chez les non-utilisateurs, ils sont 75 %. Chez les utilisateurs, 73 % lui font confiance.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête : la confiance vient avec l’usage, pas avant. Et les utilisateurs ne se laissent pas endormir, puisque 64 % vérifient souvent ou toujours les informations fournies.

Discuter avec une IA : assistant ou compagnon ?

Quand 41 % des utilisateurs disent « discuter » avec une IA, on ne parle pas toujours de la même chose. Deux familles d’outils coexistent.

Les assistants généralistes

ChatGPT, Gemini ou Le Chat répondent à des questions, aident à rédiger un courrier ou expliquent une démarche. On les utilise comme on consulterait un guide très patient. Ils n’ont pas été conçus pour tenir compagnie.

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Les applications de compagnon

D’autres outils jouent la carte de la relation : un personnage avec un prénom, un caractère, une mémoire des échanges précédents. Certaines applications visent explicitement la présence et le soutien émotionnel. On trouve un comparatif de ces applications sur virtualaipartner.com, un site réservé aux adultes qui contient des liens affiliés. Mieux vaut le lire avec cet éclairage, et en gardant en tête les limites ci-dessous.

Les limites à connaître

Pour les personnes isolées, la tentation est compréhensible. En France, les Petits Frères des Pauvres comptent 750 000 personnes âgées sans aucun contact et 4,2 millions en solitude depuis plusieurs années. Les travaux disponibles invitent pourtant à la prudence :

  • Un usage intensif n’aide pas. Une étude du MIT Media Lab et d’OpenAI (mars 2025), portant sur près de 1 000 participants suivis pendant un mois, relie un usage quotidien plus élevé à davantage de solitude, de dépendance et de moindre socialisation. Elle porte sur ChatGPT, pas sur des applications de compagnon ;
  • Certaines applications retiennent leurs utilisateurs. Une équipe de la Harvard Business School a analysé 1 200 messages d’adieu sur des applications de compagnon très téléchargées. Dans 37 % des cas, l’application employait une tactique émotionnelle pour empêcher l’utilisateur de partir : culpabilisation, curiosité forcée, pression pour répondre ;
  • Les résultats positifs restent déclaratifs. Le robot ElliQ, distribué à New York par l’office de l’État pour les personnes âgées, affiche 95 % d’utilisateurs déclarant se sentir moins seuls. Ce sont des réponses à un questionnaire, avec des données fournies par l’éditeur et l’organisme qui le distribue. Une petite étude qualitative sur 9 participants note que 2 d’entre eux ont rendu l’appareil.

Se lancer sans se faire piéger

Pour tester une IA, qu’elle soit généraliste ou de compagnie, quelques réflexes évitent les mauvaises surprises :

  • commencer par la version gratuite et ne payer qu’après avoir compris ce qu’elle fait ;
  • ne jamais communiquer de coordonnées bancaires, de mot de passe ou de pièce d’identité dans une conversation ;
  • garder son adresse et ses informations de santé pour soi ;
  • vérifier comment on résilie un abonnement avant de le souscrire ;
  • recouper les informations importantes (santé, argent, démarches) avec une source officielle ;
  • se fixer un temps d’usage et garder des contacts humains réguliers.
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Faire appel à un proche, à un atelier numérique ou à une association pour les premiers pas reste le plus efficace. Le Crédoc note d’ailleurs que près de quatre Français sur dix aident leur entourage avec le numérique.

Questions fréquentes

Combien de seniors utilisent l’IA générative en France ?

Selon l’Insee, 9 % des 60-74 ans l’ont utilisée sur les trois derniers mois en 2025. Selon le Crédoc, 33 % des 60-69 ans et 15 % des 70 ans et plus y ont recours. Les écarts viennent des tranches d’âge et des méthodes d’enquête.

Qu’est-ce que l’illectronisme ?

C’est la situation d’une personne qui n’utilise pas internet ou qui n’a pas les compétences numériques de base. En 2025, 17 % des 60-74 ans sont concernés, selon l’Insee.

Une IA de compagnie peut-elle remplacer des relations humaines ?

Les études disponibles invitent à la prudence. L’usage intensif d’un chatbot est associé à plus de solitude et à une moindre socialisation chez les utilisateurs suivis par le MIT et OpenAI. Une IA peut offrir une présence, mais elle ne remplace pas les liens avec les proches, les voisins ou les associations.

Faut-il se méfier des applications de compagnon payantes ?

Il vaut mieux lire les conditions d’abonnement, tester la version gratuite et vérifier la procédure de résiliation avant de s’engager. Une étude de la Harvard Business School a relevé des tactiques de rétention émotionnelle dans plusieurs applications populaires.

Sources

  • Insee, Une personne sur trois manque de compétences numériques, Insee Focus, enquête TIC-ménages 2025
  • Insee, Compétences numériques de la population, Insee Références, édition 2025
  • Crédoc pour l’Arcep, l’Arcom, le CGE et l’ANCT, Baromètre du numérique, édition 2026
  • Petits Frères des Pauvres, Baromètre Solitude et isolement 2025
  • MIT Media Lab et OpenAI, étude sur les usages affectifs de ChatGPT, mars 2025
  • De Freitas et al., Emotional Manipulation by AI Companions, Harvard Business School

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